« Ce qu’on appelle précisément l’art de la parole est éminemment le talent des Français, et c’est par l’art de la parole qu’on règne sur les hommes. »

Les Journées de l’éloquence naissent d’une amitié, affermie par cette conviction commune que résume Joseph de Maistre : l’éloquence est un art, l’attribut du pouvoir et une vieille tradition nationale.

Un art, d’abord, car l’éloquence s’étoffe de deux attributs paradoxaux, qui lui confèrent sa beauté et sa force. Elle répond à des exigences de style et de technique qu’étudient la grammaire et la rhétorique depuis la Grèce antique. Mais elle déborde ces contraintes, par ingéniosité, pour ne jamais perdre en audace, en imagination, en pureté. L’« art » oratoire, rigoureux comme vivace, est en somme un fleuve en même temps qu’un canal.

L’attribut du pouvoir ensuite, car l’éloquence est aux sociétés civilisées ce que la force est à la barbarie, un objet de fascination et d’entraînement. L’orateur convainc par l’évidence de la raison, il séduit par la fougue des passions. La puissance de l’éloquence fait donc également d’elle un torrent, capable de transformer le réel, de déjouer la fatalité.

Une vieille tradition nationale enfin, qui étaye cet aspect démiurgique, car l’éloquence a plusieurs fois changé le cours de l’histoire de France. De l’apostrophe de Mirabeau à Dreux-Brézé au discours pour l’abolition de la peine de mort, en mentionnant parmi tant d’autres Lamartine devant l’Hôtel de Ville, Gambetta à Montmartre, Jaurès à Carmaux et de Gaulle sur les Champs-Élysées, notre pays fut irrigué par les mots de ses tribuns. Plus fondamentalement, le français, qualifié d’« idiome de la Liberté » par les sympathisants des Lumières dès le XVIIIe siècle, manifeste cette importance du langage. Langue de la raison pour les uns, de la loi pour les autres, sa vocation universelle est une vocation à l’échange, à la recherche de d’adhésion de l’autre.

Ces convictions fermentèrent dans l’esprit des fondateurs de ce festival, déplorant que l’éloquence ne soit auparavant le thème d’aucune rencontre particulière, qu’elle ne dispose d’aucun lieu pour sa mise à l’honneur public. L’impulsion qui décida de l’élaboration du projet fut le soutien de la mairie d’Aix-en-Provence. Grâce à elle, l’éloquence – fleuve, canal et torrent – jaillit du sol de l’un de ses meilleurs virtuoses : celui de Mirabeau, la « Torche de Provence ». L’accueil chaleureux de la population, depuis, témoigne de ce que ces convictions sont en partage.